Au-delà du microscope
Développer un laboratoire en bonne santé mentale
PHOTOGRAPHIE: ZAONG/ADOBE STOCK
Les professionnelles et professionnels de laboratoire médical travaillent souvent en équipe pour veiller à répondre aux normes importantes et à respecter les politiques sur les processus concrets de soins aux clients, tels que le prélèvement, l’analyse et l’interprétation d’échantillons sanguins. Diverses stratégies de collaboration et de communication permettent aux équipes de se conduire de façon professionnelle, éthique et collégiale. Cependant, qu’y a-t-il au-delà du microscope? Un autre sujet auquel les équipes font face, tant individuellement que collectivement, est leur santé mentale.
Dans le présent article, j’utiliserai la santé mentale pour désigner un état de bien-être émotionnel, social et psychologique, et la maladie mentale pour désigner une condition diagnostiquée ou des symptômes qui ont un impact significatif sur la santé mentale d’une personne et son bien-être.
Nous sommes déjà en 2026 et pourtant, beaucoup de gens, y compris les professionnels de laboratoire médical, se sentent mal à l’aise en discutant de la santé mentale, ou peut-être vous lisez cet article en vous demandant comment on peut amorcer la conversation de manière encourageante. En tant que clinicienne et chercheuse en santé mentale, j’ai reçu des commentaires de la part de personnes dans le domaine de la santé, y compris celui du laboratoire médical, qui remettent en question la façon dont elles peuvent favoriser le bien-être mental au travail et éliminer le tabou entourant la santé mentale. Souvent, ce sont les gestionnaires ou les superviseurs qui cherchent des stratégies et des idées.
Par conséquent, cet article mettra l’accent sur la démystification des maladies mentales, et présentera des stratégies permettant aux membres d’équipe et aux gestionnaires de favoriser le bien-être mental au travail et de développer un environnement de travail qui encourage la santé mentale.
Lorsqu’on parle de santé mentale, l’une des plus grandes difficultés concerne les mythes qui contribuent à la stigmatisation. Examinons quelques exemples courants présentés par l’Association canadienne pour la santé mentale et leurs éclaircissements, ainsi que le dernier mythe basé sur l’expérience clinique de l’autrice et ses rapports fondés sur des données probantes.
Mythe no 1 :
La maladie mentale ne sert qu’à excuser un comportement répréhensible.
Faux.
Les personnes atteintes de maladies mentales peuvent s’exprimer différemment des autres, ou manifester des comportements distinctifs ou des émotions, comme des changements d’humeur et des perturbations du sommeil, de l’appétit et du fonctionnement quotidien. Cependant, personne ne choisit de vivre avec une maladie mentale. Les personnes qui subissent un changement de comportement à cause d’une maladie mentale pourraient se sentir extrêmement gênées ou honteuses devant les autres.
Mythe no 2 :
Les personnes atteintes de maladies mentales sont faibles et ne peuvent pas gérer le stress.
Faux.
J’entends souvent parler de « l’amour ferme », mais c’est une approche dépassée qui invalide nos émotions et nos sentiments. En fait, les personnes qui éprouvent des troubles mentaux peuvent souvent mieux gérer leur stress que celles qui n’en souffrent pas. Les maladies mentales touchent un cinquième des personnes au Canada chaque année, et on estime qu’à l’âge de 40 ans, 50 % de la population éprouvera ou aura déjà éprouvé une maladie mentale. En 2026, faisons preuve de compassion et de compréhension, et éloignons-nous du jugement et de la stigmatisation.
Mythe no 3 :
Les mauvaises habiletés parentales causent des maladies mentales.
Faux.
Aucun facteur unique ne provoque de maladies mentales. Les causes de celles-ci sont complexes et proviennent généralement d’une combinaison de facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et d’expériences de vie. Cependant, les membres de la famille et les proches peuvent contribuer au soutien et au rétablissement d’une maladie mentale.
Mythe no 4 :
Personne ne devrait discuter de santé mentale en milieu de travail.
Faux.
Les professionnelles et professionnels de laboratoire médical peuvent être moins susceptibles de discuter de la santé mentale en raison des préjugés, et peuvent rencontrer des difficultés à aborder des sujets au-delà du microscope ou de la paillasse. Il est possible qu’ils se sentent incertains quant à leur santé mentale au laboratoire, car d’autres mythes peuvent aussi contribuer à leurs préoccupations. Les meilleures façons d’éradiquer la stigmatisation envers les maladies mentales et la santé mentale sont par voie de sensibilisation et d’éducation. S’informer des mythes et s’éloigner des préjugés sont deux approches visant à réduire la stigmatisation. De plus, en discutant de la santé mentale de façon encourageante, on peut favoriser le bien-être au travail.
« En tant que chef d’équipe, songez à montrer l’exemple en appuyant la santé mentale et la réduction de préjugés en matière de maladies mentales. »
PHOTOGRAPHIE: DILOK/ADOBE STOCK
À ce stade, vous avez peut-être deux questions :
Comment puis-je aider à réduire les malentendus à propos de ces mythes?
Comment puis-je contribuer à un environnement accueillant au-delà du microscope?
En réponse à la première question, réfléchissez à l’environnement de votre laboratoire et aux informations disponibles. Un bon point de départ consiste à placer une affiche en labo ou à offrir une brochure à vos collègues, démystifiant les mythes courants sur la santé mentale. En outre, vous pourriez recommander le présent article dans un courriel ou un bulletin à votre équipe pour faciliter une communication ouverte. Songez à votre propre langage et approche envers la santé mentale. Comme le soulignent les mythes, nous sommes tous des êtres humains. Il peut y avoir des moments où vous avez utilisé des expressions désuètes ou avez dit par mégarde que quelque chose était « tellement fou! ». Considérez une approche langagière axée sur la personne lorsqu’il est question de santé mentale et de maladie mentale, comme « une personne qui vit avec un problème de dépendance » plutôt que l’alternative. Ou envisager de remplacer des mots offensants par « absurde », « ridicule » ou « incroyable ».
Quant à la deuxième question, comment votre équipe soutient-elle actuellement la santé mentale et le bien-être? Une approche consiste à publier des renseignements sur les services de santé mentale offerts à proximité, comme des thérapies communautaires, des services d’intervention et d’écoute par téléphone, ou le site gouvernemental canadien qui contient des renseignements sur la santé mentale. Si votre lieu de travail offre des services de PAE ou de PAEF, fournissez des rappels ou les détails à votre équipe. La SCSLM offre également une Trousse de santé mentale disponible gratuitement en ligne sur le site mentalhealth.csmls.org/fr.
Un thème récurrent ici est la communication. Pour appuyer la santé mentale et réduire le stress, assurez-vous de communiquer clairement avec votre équipe. Précisez les tâches et la charge de travail. Si des changements sont prévus au labo, discutez avec votre équipe de l’impact sur leur travail et demandez-leur des suggestions pour rapporter des améliorations. Soyez ouvert aux commentaires et aux modifications.
Plusieurs superviseurs m’ont également mentionné l’importance de reconnaître les forces de leur équipe. Une idée est de placer un pot en milieu de travail; demandez aux membres de l’équipe d’écrire une note d’un événement positif et de la déposer dans le pot. À la fin de la journée ou de la semaine, vous, en tant que gestionnaire, pouvez choisir une ou deux billets dans le pot et lire à haute voix les succès récents. Observez votre équipe – célébrez-vous les forces des membres de votre équipe? Ou leurs réalisations? Cela favorise aussi la collégialité en labo.
En tant que chef d’équipe, songez à montrer l’exemple en appuyant la santé mentale et la réduction de préjugés en matière de maladies mentales. Cela pourrait impliquer des conversations avec votre équipe sur la gestion du stress de façon saine (comme faire de l’exercice ou socialiser). Vous pouvez mentionner l’importance de vérifier leur propre état mental pendant les semaines chargées et de prendre des pauses pour se rétablir. Cela peut également consister à partager des idées qui viennent à l’esprit, comme « Demain est un autre jour », ou « Après la pluie, le beau temps ».
Des équipes soutenues et autonomes mènent à une communication saine, à la collaboration et au respect. N’oublions pas de regarder au-delà du microscope pour appuyer la santé mentale de tout le monde.
Rosina Mete,
MSc, PhD, RP, Directrice universitaire et psychothérapeute


Rosina Mete,
MSc, PhD, RP, Directrice universitaire et psychothérapeute