Identité professionnelle
Qu’est-ce que c’est et pourquoi est-ce important pour les professionnelles et professionnels des laboratoires médicaux canadiens
PHOTOGRAPHIE: TFRAN_KIE/ADOBE STOCK
Dans un récent numéro du JCSLM, on a souligné un sujet important sur lequel j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir – notre identité professionnelle (IP). Bien que l’IP fasse l’objet d’une exploration considérable dans d’autres domaines professionnels, notamment les soins infirmiers et l’éducation, sa compréhension demeure limitée parmi les professionnelles et professionnels de laboratoire médical (PLM). Les changements à la certification récemment adoptés par l’Alliance canadienne des organismes de réglementation des professionnels de laboratoire médical (ACORPLM), ainsi que ses modifications au processus d’examen, ont présenté une variable inédite en ce qui concerne notre IP.
1. Qu’entendons-nous par identité professionnelle, et pourquoi est-ce important?
Diverses définitions peuvent être attribuées au concept de l’IP, mais en termes généraux, l’IP peut être considérée comme étant un élément de notre sens de soi total; elle est composée de valeurs et de croyances qui guident la compréhension de notre rôle en tant que professionnelles et professionnels de la santé1 et, par extension, dans le secteur de la santé, ainsi que nos interactions avec les patients et nos collègues. L’IP se distingue du professionnalisme, car elle est beaucoup plus personnelle, et on peut considérer le développement de l’IP comme étant une forme d’apprentissage qui se produit lors de l’exposition à une profession particulière.2 C’est-à-dire que l’IP est plus complexe que les simples normes de professionnalisme, car les croyances et les valeurs liées au métier ne sont pas indissociables de notre identité personnelle et servent à façonner nos perceptions à l’extérieur de notre vie au travail. Étant donné qu’au cours d’une carrière de 35 ans, une technicienne de labo passera en moyenne sept années entières avec nos échantillons, il n’est pas surprenant que notre IP puisse avoir un impact énorme sur notre sentiment d’appartenance.
Qui plus est, bien qu’on puisse comprendre l’IP par ce point de vue individuel, il est aussi essentiel de considérer que notre profession possède une identité collective, et que son succès et sa force contribuent considérablement à notre professionnalisme individuel. Malheureusement, en dépit des meilleurs efforts de certains de nos établissements, notre IP collective a, probablement en partie à cause de notre visibilité publique limitée, démontré de grandes difficultés à s’imposer face à ses contemporains, tels que les soins infirmiers ou d’autres professions paramédicales. Les raisons pour lesquelles cette situation continue de se produire dépassent la portée de ce bref récit, mais il va sans dire que, malgré une pandémie qui a mis la voix des PLM au premier plan, elle est maintenant terminée, et la discussion sur l’importance des PLM, du moins dans le discours public, semble avoir évolué, ce qui fait d’autant plus de raisons de poursuivre la discussion sur notre IP collective.
PHOTOGRAPHY: THARES2020/ADOBE STOCK
2. Quand et comment l’identité professionnelle compte-t-elle, et quel rôle jouent les PLM dans le développement de leur propre identité professionnelle?
Des études se rapportant à d’autres professions ont démontré qu’une identité professionnelle établie est un élément important du succès à long terme, de la rétention et de la durabilité dans le cadre du travail professionnel.3, 4, 5 Il est certainement difficile de nier qu’une identité collective bien établie dans un domaine professionnel particulier peut contribuer positivement, en raison de variables, telles que la reconnaissance au travail, la fidélité aux rôles, le soutien social et la satisfaction au travail. Cependant, nous continuons de constater une lacune importante dans la documentation concernant les aspects plus nuancés des PLM. Par exemple, l’impact exercé par l’IP individuelle et collective pendant la pandémie de COVID-19 sur l’épuisement professionnel des employés, dont les taux accrus ont été observés comme étant liés à une faible satisfaction au travail et à une autogestion élevée de leur santé,6 demeure inconnu. De plus, en ce qui concerne une telle sortie de carrière, quel a été l’impact de quitter la profession sur les personnes qui l’ont délaissée lors d’une période aussi difficile? Bien que je n’aie pas de données empiriques à ma disposition, de façon anecdotique, après avoir parlé avec des personnes ayant passé beaucoup de temps dans le domaine avant de le quitter, il semblerait que certains éléments de l’IP (les croyances et les valeurs) persévèrent, mais des recherches sont nécessaires dans ce domaine.
En rapport avec des éléments comme la fidélité aux rôles, la responsabilité et la réglementation, la recherche a également été très limitée sur la façon dont notre identité collective en tant que PLM a été façonnée par les processus d’autorégulation qui continuent d’émerger dans le paysage canadien (p. ex. la récente réglementation des ALM en Nouvelle-Écosse), malgré les discussions en cours sur l’efficacité des cadres d’autorégulation.7, 8 En effet, bien que j’apprécie, comme la plupart des TLM, l’importance d’assurer la compétence et la protection du public, je ne suis pas convaincu que les processus mis en œuvre soient efficaces pour atteindre les objectifs, et je ne suis pas certain de l’impact potentiel sur l’identité collective des PLM.
« Des études se rapportant à d’autres professions ont démontré qu’une identité professionnelle établie est un élément important du succès à long terme, de la rétention et de la durabilité dans le cadre du travail professionnel. »
3. Comment l’identité professionnelle influence-t-elle les soins aux patients, et quel impact les changements réglementaires auront-ils sur le façonnement de notre communauté?
Une IP stable et bien établie contribue considérablement au bien-être des patients que nous desservons. Il est bien entendu qu’une solide IP individuelle et collective peut offrir de nombreux avantages, notamment la satisfaction, la rétention et une amélioration du bien-être personnel; les employeurs devraient faire des efforts pour rehausser l’identité collective de leur personnel par l’engagement et la sensibilisation, dont beaucoup y parviennent. Étant donné la transformation réglementaire mise en œuvre par l’ACORPLM, nous nous retrouvons aussi à un moment où nous devons réfléchir à la manière dont ces changements pourraient influencer notre communauté professionnelle à l’avenir.
Par exemple, bien que je soutienne généralement certains éléments d’un réexamen des voies de certification associées à la certification « par discipline » — oui, j’emploie ce terme délibérément, car à toutes fins utiles, nous avons bouclé la boucle depuis sa fin lors des années 1990 — des questions subsistent quant à l’impact que ces changements auront sur notre IP collective et l’élimination fonctionnelle de l’exigence « généraliste » d’entrer en pratique. Ces changements pourraient-ils créer une dichotomie au sein du domaine, ou de telles séparations existent-elles déjà (p. ex. la plupart des technologistes ne travaillent jamais en histologie)? Comment nos nouveaux PLM non généralistes seront-ils intégrés dans un domaine majoritairement généraliste, et quel impact cela aura-t-il sur notre IP individuelle et collective? Surtout, ce changement pourrait-il diluer notre identité professionnelle? En fin de compte, il s’agit d’un moment important, car nous nous retrouvons dans une situation où il faut gérer un environnement réglementaire renouvelé et évolutif, et nécessitant des recherches considérables.
Note de la rédaction : La Semaine du labo semble être le moment idéal pour entamer une conversation importante sur l’identité professionnelle des PLM, en commençant par le présent article le M. Hardy. Soyez à l’affût d’autres articles du JCSLM qui examinent davantage ce sujet. Si vous avez un commentaire ou un point de discussion que vous souhaitez que nous prenions en compte, veuillez l’envoyer par courriel à editor@csmls.org.
Gregory Hardy,
MLT, EDD


Gregory Hardy,
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